Jacky, c'est une pâte…

Elle est d'une noblesse infinie. Et elle ne le sait sans doute même pas… Sa lumière éclabousse sans prévenir. Elle éclaire nos ombres portées. Tout simplement. Jacky Espanet, 63 ans, c'est une pâte; bonne et belle, qui a levé avec la bonté à l'âme et une petite flamme dans les yeux. Et qui, dès lors, fait le bien autour d'elle avec le naturel de l'évidence. Pour elle, donner, partager, c'est une seconde nature. Mieux encore, c'est vivre… D'une enfance malheureuse, "nous étions dans la misère…" évoque-telle pudiquement, elle a su tirer la meilleure des leçons : penser toujours aux malheurs des autres. "Je ne sais pas être insensible aux difficultés d'autrui. Si quelqu'un est dans le besoin, je m'efforce de l'aider. C'est comme ça qu'en 2000 à la suite d'inondations, j'ai créé mon association Les Habitants sinistrés du Jarret. J'ai mon petit SDF de Plombières, auquel je donne un peu d'argent régulièrement, et mes indigents dont je m'occupe le plus attentivement possible… Avec notamment un goûter par mois. Ils sont une trentaine concernés." Si c'était moins touchant, on vous dirait que c'est normal qu'après 30 ans de boulange, (15 heures par jour, 6 jours sur 7, s'il vous plait) on ne supporte pas de voir les autres dans le pétrin…

C'est comme ça aussi qu'à la retraite, elle s'est retrouvée à la Banque Alimentaire. Après avoir partagé sa vie avec son Gilbert, pour l'essentiel à Malpassé, où leurs baguettes et leurs croissants avaient pignon sur rue, elle a décidé de passer à l'action. "Au magasin, je m'occupais  de la vente et de tout l'administratif. Mais l'idée de produire était déjà en moi. Alors, quand nous avons arrêté notre activité, mon mari m'a donné des rudiments pour que je puisse apprendre. Toute seule j'ai donc fait ma formation. Il y a quatre ans la BA cherchait quelqu'un pour les repas des formations. J'ai fait l'affaire et puis nous avons monté, avec Gérard Houdaer, les Ateliers 3P (Pain - Pâtisserie - Pizza)".


Un copié collé des Ateliers Cuisines, présentés ici voilà quelques jours, axé cette fois sur l'art et la manière de tout faire en mettant les mains dans la farine. Et comme dirait Nougaro, c'est beau, "les mains d'une femme dans la farine"…

 

Leur part de gâteau…

 

 Elles sont donc une demi-douzaine chaque semaine qui se retrouvent à la Pomme, au Master Park, pour investir le mercredi matin, de 8h30 à 13h30, la cafeteria pour la confection de petites merveilles de saveurs. Sucrées, salées, ces offrandes partagées à la fin de l'atelier sont fabriquées par des représentantes d'associations qui viennent là apprendre, pour restituer à leur tour dans les quartiers. Toujours le souci de transmettre. A la fin de la séance, les filles repartent avec leur part de gâteau. "C'est le principe: qu'elles puissent profiter aussi du fruit de leur travail. Et puis, pour les fêtes de fin d'année, avec cette expérience elles n'achètent plus aucun dessert, plus aucun produit décliné autour des Trois P… "


Sous la houlette - parler de férule serait ici hors de propos - de Jacky, flanquée de Colette, son fidèle mitron, ces dames se lancent alors chaque fois dans un nouveau défi. Un jour pâtisseries, un autre mouna, ou viennoiseries, galettes des rois quand c'est le temps, sans oublier bien sûr la sacrosainte pizza : "Sur l'année, j'essaie de ne pas faire deux fois la même formation." Et chacune repart dans son quartier porter la bonne fécule…


Sans jamais se départir de sa discrète gentillesse et de son sourire aussi timide que lumineux, Jacky transmet la technique, le savoir-faire, l'expertise. Colette le dit simplement: "Merci Jackie ! La semaine dernière elle était clouée au lit à cause d'une crise d'asthme. L'atelier nous a manqué."  On se souvient en passant de Pagnol, de Pomponette ou de Valorgue…


11h30, l'ambiance toute en douceurs, est aux effluves qui s'échappent du four. Un four acheté, comme tout le reste ou presque du matériel (piano, hôte, batteur, etc…) grâce aux vide-greniers que Jacky anime les week-ends, dès les beaux jours. "Il fallait bien financer tout ça. Alors je me débrouille. Je collecte des choses, tout ce qui peut être vendu, ici ou dans mon association; et le samedi et le dimanche je les revends pour alimenter la caisse des Ateliers 3P. Mais je réserve juillet et août à nos vacances…"


Des parfums de vanille, des fragrances de fleur d'oranger, de saccarose  flottent dans la cafet'. Tout une mémoire d'enfance et d'affection.


On dit au revoir à Jacky, sans oser lui avouer qu'on lui sait gré de cette seule leçon. D'humilité, d'humanité…

JLK