Paroles de bénévoles

On connait la chanson" comme aurait pu dire Alain Resnais, ce cinéaste du cœur et de l'âme récemment disparu : les considérations plus ou moins avisées ou oiseuses sur le bénévolat n'ont jamais manqué. Des plus ineptes aux mieux fondées, elles regardent ce benevolus - cette bonne volonté des Romains - avec plus ou moins de condescendance ou d'acuité. Et les premiers intéressés, on veut dire les bénévoles, sont eux rarement sollicités pour livrer leurs sentiments… A la BA 13, en cette année de trentenaire, on veut dire celle de la force de l'âge ( "30 ans et toutes ses den…rées" est une expression populaire bien connue), nous avons souhaité que ces femmes et ces hommes de l'ombre - véritable armée de petites mains, de gros bras et de cortex bien pourvus - s'expriment sur leurs motivations, leurs envies, leurs sentiments; d'un mot sur ce qui les pousse à se lever le matin, parfois des potron-minet pour venir donner un coup de main, accompagner, épauler, aider, soutenir, forts de leur expérience, de leur expertise même parfois, ou tout simplement de leur soucis de ne pas laisser leur prochain se débrouiller tout seul avec une vie cabossée. Saint-Ex aurait pu passer par la BA: "Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve, une réalité…" Paroles de bénévoles, c'est donc un florilège de réflexions, un verbatim ou la spontanéité prévaut, qui en dit long sur l'humilité et l'utilité méritantes de celles et ceux qui enfilent chaque jour ce gilet orange sans doute pas très sexy, ou plus discrète, leur tenue de citoyen simplement à l'écoute de l'autre. La question est double et tombe sous le sens: pourquoi le bénévolat et comment la Banque Alimentaire ? Au gré des rencontres, au fil des semaines, nous vous livrerons les réponses, souvent édifiantes, parfois étonnantes, de ce qu'il est convenu d'appeler ici une mine de petits riens, mais une mine d'or…

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Perrine (21 ans): complètement vocatif

"Le bénévolat pour moi c'est une affaire complètement vocative. Ado, j'étais déjà animatrice à l'Oeuvre Allemande et j'ai vite su que je ferai mon métier de l'intérêt que je porte aux autres. Après une licence à Sciences Po Lyon et un an aux Etats-Unis, je vais préparer un Master en Gestion de Projets Humanitaires.
A New-York j'ai découvert une petite structure sur le modèle des Food Banks et cela m'a incitée, dès mon retour à Marseille, où mes parents résident, à venir à la BA. J'ai tout de suite été curieuse de connaitre ce côté envers du décor, la logistique, l'entrepôt, les technifils, les colis. Je suis donc là quatre matins par semaine et j'apprends énormément de choses.
Malheureusement (?!) je pars très bientôt au Togo pour une mission de deux mois dans le cadre de mon cursus. Mais dès mon retour, je serai là chaque fois que mes études me le permettront…"

Paul (66 ans): un heureux hasard 

"En toute franchise, je me suis investi dans le bénévolat tout d'abord pour passer le temps. A la retraite, je ne m'imaginais pas  inactif. Mais la vocation n'était pas vraiment à l'ordre du jour. La BA m'avait été conseillée par un copain en 2009. J'avais bien essayé de militer ailleurs, mais cela ne l'avait pas fait.  Et je peux dire aujourd'hui que ce fut un heureux hasard de me retrouver ici. A telle enseigne que, pendant longtemps, je suis venu cinq matins par semaine. Tous les jours j'étais à l'entrepôt! Cette année j'avais décidé de lever un peu le pied, mais ce n'est pas vraiment évident. L'ambiance est formidable, on a le sentiment d'apporter quelque chose et de recevoir tout autant. Comme dans une auberge espagnole. Ce lien social me manquerait aujourd'hui s'il se coupait du jour au lendemain."

Michel (67 ans): une mission complètement évidente…


"Je voulais faire du bénévolat à la retraite pour m'occuper des plus démunis, aider ceux qui sont dans le besoin. Cette mission me paraissait complètement évidente,  logique. Je cherchais en somme une occupation altruiste, intelligente… Les gens ignorent à quel point cela peut être gratifiant de se sentir modestement utile. En 2008 un copain m'a parlé de la BA. J'ai bien pris soin de faire un essai. Je voulais que cela soit aussi clair pour moi que pour eux. Et tout de suite j'ai compris que nous étions faits pour nous entendre. Des liens de camaraderie se sont naturellement tissés. Passer trois matinées par semaine avec les mêmes personnes pour une cause que l'on croit bonne, cela permet d'agrandir notre cercle relationnel voire d'en créer un nouveau. L'expérience est humainement enrichissante, c'est certain."

Josy (65 ans): une occupation qui apporte du sens

Depuis l'âge de 16 ans j'ai toujours travaillé. A l'approche de la retraite, je me suis retrouvée devant certaines difficultés. Un cancer, heureusement soigné depuis, et sur le plan affectif la perte de mon chien. Il fallait que je comble ce vide. Et même si je suis sportivement active - je nage, je fais du vélo - il me fallait une occupation qui m'apporte du sens. J'ai connu la BA par un voisin qui militait à l'Armée du Salut. J'ai tout de suite été séduite par l'ambiance qui règne ici. J'ai connu un groupe que je fréquente du reste désormais en dehors d'ici. Et puis, hormis le bénéfice moral que je retire de cette aventure depuis quatre ans, j'ai également l'impression de m'entretenir physiquement grâce à cette petite manutention.  Cette année je participerai à ma cinquième collecte."

Antoine (64 ans): je suis tombé dedans…

J'ai commencé à travailler à l'âge de 14 ans et j'ai pu prendre ma retraite à 56 ans. Je me voyais mal pour autant ne plus rien faire de mon temps du jour au lendemain. Même si j'étais impliqué dans d'autres secteurs, notamment par l'entremise du sport - je fais du cyclisme et de la course pédestre - j'avais envie de donner un peu de moi. J'ai fait une tentative aux Restos du Cœur, mais je n'ai pas accroché. Et comme entre temps j'avais appris l'existence de la BA à l'occasion de la journée des associations,  je suis venu faire une première tentative lors d'une collecte de novembre. Et je suis tombé dedans. C'est la quatrième année que je viens à l'entrepôt. Pourtant, je ne manque pas de loisirs, dernièrement j'ai notamment  découvert  la peinture. Mais je ne me vois pas ne pas venir à la BA. Et je ne me suis fixé aucune échéance…"

 

Philippe (59 ans): du mécénat de compétences

"Ma situation est un peu particulière; Je suis en préretraite d'Orange, dans le cadre de ce que l'on appelle le Mécénat de Compétences. En fait, c'est pour l'entreprise une façon de prêter ses salariés jusqu'à leur retraite à une association caritative dans le cadre d'une convention dédiée. Pendant quelque temps, j'ai prospecté plusieurs assos dans le souci premier de me rendre vraiment utile. Mais j'avais le sentiment qu'elles n'avaient pas besoin de mon expérience. Et puis j'ai rencontré Charles Vigny qui m'a demandé si je voulais prendre en charge la gestion de l'entrepôt ici. Je vais arriver au terme de ma première année de présence et il n'y a pas de raison que je n'aille pas au bout de la convention. Avec mes collègues Ghislaine et Claudine, nous sommes d'ailleurs trois d'Orange à nous inscrire dans le même schéma. Personnellement, et eu égard à l'ambiance qui régnait les derniers temps dans mon contexte professionnel, ici je revis, littéralement. Et je continuerai sûrement après avoir atteint l'âge de la retraite si je me sens toujours en phase avec la gouvernance."

Tahar (72 ans): pour mourir le plus tard possible !

"Le bénévolat pour moi tombait sous le sens dans la mesure où je ne supporte pas le manque d'activité. En fait, je suis devenu bénévole pour mourir le plus tard possible (sic) !
Un week-end de collecte, je me suis retrouvé dans un magasin ED (Dia aujourd'hui). C'était un samedi. J'ai pris des renseignements auprès des volontaires qui étaient là. Le lundi, je téléphonais à la BA pour connaitre les modalités d'inscription;  dans la foulée je suis venu chercher un dossier et je ne suis plus reparti… Depuis deux ans je fais du plein temps ! Et, sauf pour maladie, je ne me vois par m'arrêter. Et puis il y a, c'est vrai, le coté activité physique qui permet de s'entretenir à peu de frais. Mais avant tout, j'apprends tous les jours quelque chose. C'est cet aspect pédagogique qui me plait. Et comme je suis curieux par nature, je suis passé par tous les endroits du rez-de -chaussée. Je voulais tout connaitre pour être le plus efficace possible."