Paroles de bénévoles, chapitre 2

On connait la chanson" comme aurait pu dire Alain Resnais, ce cinéaste du cœur et de l'âme récemment disparu : les considérations plus ou moins avisées ou oiseuses sur le bénévolat n'ont jamais manqué. Des plus ineptes aux mieux fondées, elles regardent ce benevolus - cette bonne volonté des Romains - avec plus ou moins de condescendance ou d'acuité. Et les premiers intéressés, on veut dire les bénévoles, sont eux rarement sollicités pour livrer leurs sentiments… A la BA 13, en cette année de trentenaire, on veut dire celle de la force de l'âge ( "30 ans et toutes ses den…rées" est une expression populaire bien connue), nous avons souhaité que ces femmes et ces hommes de l'ombre - véritable armée de petites mains, de gros bras et de cortex bien pourvus - s'expriment sur leurs motivations, leurs envies, leurs sentiments; d'un mot sur ce qui les pousse à se lever le matin, parfois des potron-minet pour venir donner un coup de main, accompagner, épauler, aider, soutenir, forts de leur expérience, de leur expertise même parfois, ou tout simplement de leur soucis de ne pas laisser leur prochain se débrouiller tout seul avec une vie cabossée. Saint-Ex aurait pu passer par la BA: "Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve, une réalité…" Paroles de bénévoles, c'est donc un florilège de réflexions, un verbatim ou la spontanéité prévaut, qui en dit long sur l'humilité et l'utilité méritantes de celles et ceux qui enfilent chaque jour ce gilet orange sans doute pas très sexy, ou plus discrète, leur tenue de citoyen simplement à l'écoute de l'autre. La question est double et tombe sous le sens: pourquoi le bénévolat et comment la Banque Alimentaire ? Au gré des rencontres, au fil des semaines, nous vous livrerons les réponses, souvent édifiantes, parfois étonnantes, de ce qu'il est convenu d'appeler ici une mine de petits riens, mais une mine d'or…

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Murielle (44 ans): grâce à Passerelle


"Même si j'ai le goût des autres et un besoin d'aider par nature, j'avoue que si je suis venue au bénévolat c'est à cause, ou plutôt grâce au travail que je… ne trouve pas. Je suis en bute à des problèmes de surcharge pondérale et cela m'a toujours desservie dans mes recherches d'emplois. Je militais à l'association Passerelle dans le même type d'action et j'avais besoin de me prouver que je n'étais pas incapable d'être active malgré mon surpoids. Je suis donc venue à la BA pour en faire davantage. C'est comme ça que je me suis retrouvée à l'entrepôt pour la distribution, mais en fait, je crois pouvoir dire qu'aujourd'hui je suis multifonctions. Je remplace parfois Nathalie à l'informatique pour les commandes,  je sers aussi les assos, je suis là où l'on a besoin de mes services. J'essaie d'être d'une disponibilité aussi large que possible pour rendre ce que l'on m'apporte.

Colette (66 ans) : ne pas voir le temps passer


"Le sentiment qui prédomine quand le viens à la BA, c'est la satisfaction. Je suis bien contente d'être là! Je pense que nous avons tous reçu de la vie et que restituer, transmettre, fait partie de la moindre des choses. Déjà, dans la vie active j'aimais m'occuper du sort des autres. J'étais secrétaire d'un CE. Donc le social je connaissais un peu. A la retraite j'ai voulu maintenir du lien social, j'avais besoin tout à la fois de me sentir utile et de faire de nouvelles rencontres. En 2010, par le biais de la collecte, j'ai connu la BA et j'ai entrouvert la porte. Et j'en suis venu à mettre mes compétences à disposition pour m'impliquer dans le service collecte et dans la formation; un gros morceau. Pour la collecte, les premiers courriers partent au mois de Mai ! C'est un travail de plus de six mois. J'ai également accepté d'être dans le groupe de travail pour la préparation des 30 ans de la Banque Alimentaire, et le mercredi j'assiste Jacky dans ses ateliers 3 P. Je supervise également les formations Hygiène et Sécurité Alimentaire. De quoi ne pas voir le temps passer..."


Claudine (65 ans): une annonce dans la Provence


Le bénévolat a été chez moi une décision mûrement réfléchie. Je voulais me rendre utile et apporter une aide spécifique dans le caritatif. J'avais vu sur La Provence une annonce faisant part des besoins de l'association en matière de bénévoles. J'ai répondu et j'ai proposé mes services... C'était au mois de juin 2007. Au retour des vacances je "signais". Je connaissais un peu l'activité sociale. J'ai tout d'abord été à l'accueil, puis le président Ansquer m'a sollicitée pour prendre le service des  bénévoles.  J'y supervise la fonction de chacun et notamment je monte des dossiers d'aide pour les plus démunis d'entre eux. Je les accompagne éventuellement dans leurs démarches sociales. Je consacre entre trois et quatre matinées par semaine, tout en essayant de préserver ma vie privée. Mais des lors que je suis dans une logique de volontariat ma présence ici reste avant tout de l'ordre du réel plaisir…" 

Laure (… ans) : un truc héréditaire


"Il parait que je ne fais pas mon âge, donc ce n'est pas la peine d'en parler (on ne dira donc rien, si ce n'est que la charmante dame est née avec le front populaire). Le bénévolat chez moi c'est héréditaire. Ma mère était présidente de Caritas Maroc, à Casablanca où je suis née. Elle s'occuper des filles en perdition. En ville comme dans le Haut Atlas. Son association les sauvait des sévices divers et variés subis dès leur plus jeune âge. J'ai donc baigné dans cette propension à aider son prochain durant toute mon enfance. Chez moi être bénévoles ce n'est pas vocatif, c'est dans les gènes. Je n'ai donc aucun mérite à m'impliquer. Pensant 10 ans j'ai milité chez les Petits Frères des Pauvres. Et puis, leur déménagement m'a posé quelques soucis d'organisation, alors je me suis dirigée vers la BA. Un  peu "à cause" des Restos du Cœur d'ailleurs, où beaucoup de choses ne me convenaient pas. J'avais également un vieux copain au centre de gérontologie de Montolivet. Mais je refusais de m'attacher avec des relations dans l'affect. Alors que là, même avec beaucoup de sensiblerie on ne risque pas de s'attacher à un pot de confiture. Quand je quitte la BA, je quitte la problématique qui va avec, pour m'occuper d'autres choses. Je joue au bridge, je voyage, je participe à une chorale et quand j'ai un peu de temps libre je fais l'ouvreuse pour des concerts à Saint-Victor !!! Et puis la BA c'est un gymnase pour pas cher. Quand tu pousses des caddies chargés tu te fais les bras et les mollets; et quand tu soulèves des cartons tu travailles tes dorsaux. C'est bon pour la silhouette…"

Elizabeth (66ans"1/2") : le lien avec les assos


"J'ai dix ans de bénévolat BA derrière moi. Déjà!  A raison de cinq matinées par semaine tout d'abord, que j'ai ramenées à trois quand je suis devenue grand-mère. En 2003 je me suis retrouvée au chômage et j'ai vite ressenti comme du désoeuvrement. Un copain de marche - je crapahutais tous les jeudis - m'a fait découvrir la BA. Et j'ai pris du recul avec la randonnée pour m'investir ici. Je suis donc passée comme tout le monde à l'époque, par la distribution. Puis mon expérience en comptabilité a fait que l'on a pensé que je pouvais être aussi utile dans mon domaine qu'au frigo ou aux technifils. J'ai donc fait l'interface avec les associations. Cela m'a plu car j'étais en contact avec elles, en prise directe en somme avec une autre réalité. Pour autant j'ai vu évoluer les choses en dix ans, pas forcément toujours comme je l'aurais souhaité. C'est un signe des temps… Mais ce qui me chagrinerait aujourd'hui c'est de perdre ce lien avec les assos."

Nathalie (47 ans): un appel à la radio


Tout au long de mon parcours professionnel j'ai fait plusieurs missions de bénévolat à chaque interruption de contrat. J'ai un grand cœur et je n'aime pas rester dans l'inaction. Avec mon mari nous avons créé une société et je m'occupe de toute la partie administrative. J'aime entreprendre, avancer. En 2012 j'ai entendu un appel à la radio: la BA cherchait des bénévoles. A l'époque j'habitais juste à côté et je me suis présentée. J'avais eu un premier bizutage dans ce domaine avec l'association Passerelle. Ici après le passage obligé à la distribution, j'en ai pris la responsabilité. C'est moi qui établis les bordereaux de livraisons et qui gère les problèmes liés à la ventilation de la marchandise. Je supervise la répartition des produits de la ramasse. Aujourd'hui je fais équipe en binôme avec Philippe. Et tout baigne…"

Hélène (64 ans ?!): une auberge espagnole…


"J'ai croisé la route du bénévolat à la suite d'un très douloureux accident de la vie… En 2008 je me suis retrouvée veuve brutalement et j'ai rapidement été confrontée aux réalités matérielles et administratives de cette dramatique situation. Il m'a fallu liquider l'entreprise familiale, gérer au quotidien une somme de paperasserie et très vite j'ai été submergée par des problèmes d'intendance et d'ordre financier. Pour m'en sortir, je me suis tournée vers l'Action Sociale de la Caisse des Commerçants. C'est gens-là ont été remarquables de compréhension et m'ont permis de ne pas sombrer, surtout moralement. Il était donc normal que je leur renvoie l'ascenseur; et dans un premier temps je me suis investie dans cette association. Mais j'avais dans l'idée de m'impliquer dans une œuvre caritative, en France ou à l'étranger du reste. Après un voyage touristique à Madagascar, j'avais commencé à prendre d'ailleurs des contacts avec une structure qui s'occupe d'aider une école du côté de Tana.
Et puis le sort, plus heureux cette fois, m'a mis l'an dernier en contact avec la Banque Alimentaire, par l'entremise d'un ami de mon fils qui l'accompagne dans son parcours professionnel à la GMF. J'ai donc fait mes premiers pas à la BA en mars 2013. Au service des Associations qui est en charge de délivrer des agréments et l'éligibilité des requérants; mais également de visiter régulièrement ces derniers, afin de s'assurer que les gens auxquels nous faisons confiance ne trahissent pas notre éthique et surtout sont en règle avec la réglementation draconienne en matière de denrées alimentaires. C'est une tâche passionnante, mais pour laquelle il a tout de même fallu s'imposer. Mon arrivée dans une équipe composée exclusivement d'hommes n'ayant pas été évidente au tout début. Depuis j'ai une équipière de visites, Jacqueline, et nous nous entendons parfaitement avec ces messieurs… Pour moi, la BA est un peu une auberge espagnole: on y trouve avant tout ce qu'on y apporte. Personnellement c'est la bonne humeur, le sens de la solidarité et du partage. Et une certaine idée du bonheur…"